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« Les leçons de pouvoir », le bilan doux-amer de François Hollande

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La sortie du livre « Les Leçons du pouvoir », publié mercredi, est l’occasion pour l’ancien chef de l’État français de défendre son bilan et régler ses comptes. Revue de presse.

 

L’ancien président François Hollande a attendu une année après son départ de l’Élysée pour s’épancher dans un livre au titre sobre, « Les Leçons du pouvoir », paru le 10 avril. « Pour ceux qui connaissent François Hollande et pour ceux qui ont suivi son quinquennat, il n’y aura pas d’énormes nouveautés », estime la journaliste politique à Libération Laure Bretton. « Il y a quelques petites révélations sur les coulisses du pouvoir, notamment dans le chapitre qu’il consacre, et c’est le seul à qui il consacre un chapitre entier, à Emmanuel Macron. On retrouve un ancien président, bonhomme, affable et qui se livre un peu sur sa vie privée. (…) C’est souvent assez scolaire, didactique. On a un peu l’impression de lire un ‘Que sais-je’ sur le fonctionnement de l’Élysée. Il y a un long développement sur comment se déroule un Conseil des ministres. (…) Il a donc 400 pages pour expliquer que, finalement, ce n’était pas un si mauvais quinquennat que ça. »

Son confrère à Libération, Luc Le Vaillant, dans un article intitulé « François Hollande, après la pluie », note que « politiquement, les réaffirmations sont précises et les regrets modérés. L’ex-député de la Corrèze préfère l’autodérision à l’autoflagellation. L’ironie y est flagrante qui pourrait valoir un one-man-show au tribun à punchlines, meilleur sur scène qu’à la télé, et qui estime qu’’il faut prendre l’humour au sérieux’. »

L’hebdomadaire Le Point consacre au livre plusieurs billets éditoriaux, tous à charge. Sophie Coignard relève que « le sommaire du livre ressemble à une vieille publicité du Club Med qui alignait les verbes pour tenter de restituer l’intensité d’une expérience : ‘Présider, décider, voyager, vivre, choisir, parler, regretter, punir, faire confiance, espérer…’ L’auteur se justifie, règle ses comptes, mais ne parvient pas à élever le débat ni à faire monter le lecteur dans le train de l’Histoire. Non, il excelle, comme toujours, dans la petite blague, la petite phrase, la petite pique. » La journaliste note que ‘faute d’avoir le sens de l’Histoire, il a celui, aigu, de la victimisation jusque dans les détails les plus insignifiants », et cite un extrait au sujet des séjours au fort de Brégançon : « Qu’avions-nous fait là ? J’avais abandonné sur le sable mon magistère. Je m’étais trempé dans une eau qui n’était pas la mienne. J’avais préféré les châteaux de sable aux palais de la République. Que mes prédécesseurs aient cédé aux mêmes rites ne comptait pour rien. » Sophie Coignard commente d’un « pauvre ancien président incompris ! »

Le journal Le Parisien parie, lui, que « l’un des chapitres les plus lus » sera « probablement » celui intitulé « Vivre », dans lequel l’ancien chef de l’État évoque ses relations avec Ségolène Royal, Valérie Trierweiler et Julie Gayet. « L’homme qui a vécu dans la douleur les incursions dans son intimité prévient d’emblée : ‘Je suis pudique’. Par ‘caractère’ autant que par ‘principe’. Une partie intitulée avec cet humour qui affleure tout au long de ses mémoires : ‘Mariage pour tous, sauf pour moi.' »

Macron en première ligne

Mais ce qui retient surtout l’attention des commentateurs politiques, ce sont les piques réservées à Emmanuel Macron – 84 occurrences, note Le Point – et à sa politique.

Sur France 2, où François Hollande donnait son premier entretien télévisé depuis son départ de l’Élysée, l’ancien président tacle avant tout la politique économique menée par son successeur, faite « non pas pour les riches, mais pour les très riches ! », rapporte Le Monde. En diminuant la fiscalité du capital et en transformant l’impôt sur la fortune en impôt sur le seul patrimoine immobilier, « Emmanuel Macron fait un pari qui n’est pas le bon », a estimé M. Hollande. « Comment accepter que les titulaires des gros patrimoines soient aujourd’hui ceux qui ont la redistribution ? » Adepte du dialogue avec les corps intermédiaires, l’ancien président critique aussi vertement la façon dont Emmanuel Macron mène ses réformes, notamment celle de la SNCF, relève encore le quotidien.

Dans son livre, François Hollande admet avoir eu des difficultés avec la candidature de l’actuel locataire de l’Élysée. « J’ai toujours admis la compétition politique. Mais je pense qu’elle doit se livrer au grand jour et s’assumer franchement. Convenons que ce ne fut pas le cas », écrit-il amer dans « Les Leçons du pouvoir ». L’article du Monde poursuit : « Car pour M. Hollande, c’est une certitude. S’il a décidé de ne pas se représenter, c’est parce qu’avec sa candidature, la droite était ‘assurée d’être au second tour contre l’extrême droite’. ‘J’ai fait ce sacrifice’, a-t-il certifié sur France 2, ajoutant : ‘J’aurais pu [faire] battre Emmanuel Macron, mais je ne l’ai pas voulu.' »

Ce qui fait dire à Sophie Coignard dans Le Point : « L’ex-président empêché de se représenter veut croire que son successeur est arrivé à l’Élysée grâce à un concours de circonstances. Ne devrait-il pas commencer par balayer devant sa porte ? N’est-il pas, lui, devenu président par une sorte d’accident de l’Histoire, la collision entre la montée du ‘tout sauf Sarkozy’ et l’arrestation à New York de Dominique Strauss-Kahn rattrapé par ses démons ? »

Duel médiatique à distance

L’agenda de la sortie du livre de François Hollande, qui tombe au premier anniversaire de la présidence d’Emmanuel Macron, vient d’ailleurs troubler le plan de communication de son dauphin. « On imagine mal qu’Emmanuel Macron et François Hollande aient élaboré de conserve leurs plans de communication. Hasard, coïncidence ou volonté délibérée, les deux plans se heurtent cette semaine. Nous aurons droit, tous les jours ou presque, à l’apparition alternée sur les écrans de l’ancien président de la République François Hollande et de l’actuel, Emmanuel Macron. Pas un jour sans voir, cette semaine, l’un ou l’autre dans les lucarnes », note Michele Cotta dans Le Point.

Sortie d’un livre pour l’un, JT pour l’autre, le « duel à fleurets mouchetés » ne date pas de cette semaine, écrit Solenn de Royer dans Le Monde : « Les deux hommes ont vu leur relation se détériorer au fur et à mesure de la première année du quinquennat ». Et la journaliste politique de recueillir quelques confidences et petites phrases acerbes, comme ce conseiller élyséen qui lance : « Il faut se faire à l’idée que Hollande n’est pas un sujet pour Macron, qui l’a toujours considéré comme un commentateur de l’actualité, pas un acteur. » Tandis que l’ancien chef de l’État s’est moqué en privé d’un ‘Emmanuel est un enfant’, au lendemain de la prestation présidentielle dans le conte musical Pierre et Le Loup, à l’Élysée, le 2 mars. ‘Emmanuel vit à l’Élysée alors il se dit, dans un palais, c’est normal qu’il y ait des fêtes. On va faire toutes les semaines un petit spectacle !…' », rapporte Solenn de Royer.

Dans Paris Match, écrit Le Monde, « un conseiller de Macron croit savoir que Hollande n’est ‘plus un sujet’ à l’Élysée et qu’il n’en écoulera pas plus de « 500 exemplaires ». Les éditions Stock – la même maison qui a publié le livre de Davet et Lhomme –, elles, ont prévu d’en imprimer 70 000. »

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