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« Interpol, une police sous influence ? »

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C’est une délicate et solide enquête qu’ont menée le Français Mathieu Martinière et l’Allemand Robert Schmidt sur Interpol, organisation mondiale aussi mythique que méconnue. Dans l’imaginaire collectif, celle-ci évoque plutôt un univers d’enquêteurs aux pouvoirs considérables, aux compétences reconnues et aux moyens sans limites, capables de surveiller, d’arrêter terroristes, trafiquants et autres fâcheux.

Une image que cette enquête menée sur plusieurs années démythifie. D’abord, l’institution créée en 1923 et basée à Lyon, en dépit de ses 192 pays membres, paraît sans cesse courir après l’argent, tant son budget de fonctionnement (environ cent millions d’euros) est ridicule par rapport aux multiples missions dont elle est chargée. A titre comparatif, le budget du FBI américain avoisine les 7 milliards d’euros. Pourquoi une telle faiblesse budgétaire ? Simplement parce que les pays membres d’Interpol rechignent à mettre la main à la poche, préférant garder le pouvoir sur leur sécurité intérieure et hésitant à partager des informations avec l’institution supranationale.

Entités peu scrupuleuses

D’où la nécessité pour Interpol de trouver d’autres sources de financement, avec des entreprises privées ou même des Etats. Aussi lucratifs soient-ils, ces partenariats (avec la FIFA, Philip Morris ou des pays comme le Qatar ou Singapour) posent évidemment la question du conflit d’intérêts.

Le documentaire revient en détail sur le long mandat de l’Américain Ronald Noble, secrétaire général d’Interpol de 2000 à 2014. Décidé à remplir les caisses, ce dernier a mené une vaste campagne auprès de partenaires autres que les pays membres, quitte à accepter l’argent d’entités peu scrupuleuses. Entre 2010 et 2015, la contribution des pays membres au financement d’Interpol a augmenté de 6,5 % alors que celle des partenaires privés augmentait de 750 %. L’Allemand Jürgen Stock, qui a succédé en novembre 2014 à Ronald Noble, semble faire beaucoup plus attention à l’indépendance de l’institution et a mis fin à plusieurs contrats avec le privé. Mais où trouver l’argent si les pays membres refusent d’augmenter leurs contributions ? Le problème semble insoluble.

 

Le Monde

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